Activités

Coups de coeur des sources : programme (7 avril 2011)

Activités

Écrit par Yves Gaillard Jeudi, 12 Mai 2011 19:45

 

Compte rendu de la soirée « Coup de coeur des sources » (jeudi 7 avril 2011)

Le principe

La soirée « Coup de coeur des sources », l'un des rendez-vous annuel de PIAF, est l'occasion pour les archives adhérentes de présenter leurs images insolites, rares, mystérieuses, uniques... Elle fait pendant aux « Coup de coeur des documentalistes ». Les contraintes : sept minutes d'archives par sources, l’archive doit être brute, non remontée et les clips commerciaux sont formellement interdits. Ce rendez-vous est réservé aux adhérents de PIAF.

Les richesses du cinéma amateur

Tout d'abord La Cinémathèque de Bretagne, Le Centre régional de l'image de Lorraine, Lobster Films, Ciné-Archive et Framepool explorèrent chacun dans un registre différent les richesses du cinéma amateur.
Le public fut emmené de la cour royale espagnole à la ville impériale d'Hué en passant par une cérémonie religieuse tibétaine. Puis il rencontra Steve Mc Queen sur le tournage du « Mans », l'insouciance joyeuse de militants communistes espagnols, et l'épuisement de boat people recueillis par un navire militaire français.

Tergal et Barbara

AP Archive et l'INA, dont les images ponctuèrent la soirée, amusèrent le public par leurs reportages amusants, étonnants ou émouvants. Au programme : des femmes policiers de New York face à un machisme massif, une « mode masculine anti crise » 100% tergal,  un entretien exclusif avec le cousin du pape Jean XXII, maçon de son état, Serge Gainsbourg et Barbara face à un reporter lorrain maladroit, une gardienne de phare bretonne pleine de bon sens...

Guerre d'Algérie, événements de Charonne
En milieu de séance, Film Images et L'atelier des archives proposèrent des images de la Guerre d'Algérie, dévoilant des images filmées par deux réalisateurs géorgiens côté combattants FLN, ou filmé par des opérateurs américains, montrant clairement le soutien des USA apporté à l'indépendance. Ciné-Archives et le Forum des images complétèrent cet ensemble par des documents et extraits sur la répression policière brutale des événements de Charonne.

Jazz et vin blanc
La soirée se finit en musique, avec un extrait de l'INA du premier « mondovision », une session de jazz animée par Jack Diéval en 1965, puis un « clip » amateur du « Petit vin blanc », proposé par Le centre régional de l'image de Lorraine, qui fût prétexte à un karaoké aussi enjoué qu’improvisé!

La soirée se poursuivit par un pot chaleureux et convivial, ou comme de juste le vin blanc coula à flot!

Programme de la soirée du 7 avril 2011 :


La baie de Douarnenez (16mm couleur, amateur, Jean-Louis Chevalier, 1939) Le port, les voiliers, la baie, et une partie de pêche plutôt dilettante - Cinémathèque de Bretagne

Le Balny en mission (Super 8 – Couleur, amateur, Bernard.Paul, 1982) Sauvetage d'une jonque de boat people par un navire militaire français, filmé par un militaire français en service - Cinémathèque de Bretagne
 

 

Les femmes officiers de New York (16mm couleur, collection UPITN, 1973) Les femmes officiers de NY soumises à l’opprobre des épouses de leurs collègues masculins, eux mêmes animés d’un scepticisme machiste - AP Archive

  Voir la description de l'extrait sur le site de AP Archive

 

La gardienne de phare de Saint Philibert (16mm noir et blanc,  Bretagne Actualités, 1964) Melle Le Bail, 75 ans, femme active, gardienne de phare de père en fille - INA

 

 

Paris Juin 1971  (16mm N&B, PCF) La Pasionaria à Aubervilliers lors d’un grand rassemblement anti franquiste de militants du PC - Ciné-Archives

 

Procession en Espagne – Province des Saelices (N&B, années 20, amateur réalisé par la Princesse Pilar de Bavière) - Framepool 

Barcelone, Séville (N&B, années 20, amateur réalisé par la Princesse Pilar de Bavière) - Framepool

Voir les vidéos sur le site de Framepool

 

Hué, ville impériale (Kodakchrome, Henri Richard, 1939) Le sacre de l’empereur Bao Long filmé par un français, proche de la famille impériale, gérant de cinéma à Hué -  Lobster Films

 

 

Tibet  (8 mm Couleur 1959 amateur, filmé par M. Rechung, fils d’un haut dignitaire de l’état du Tibet) L’oracle de Nechung : la possession d’un esprit. Un Lama porte à cette occasion une coiffe qui pèse 18 kg, et il rentre en transe de façon très impressionnante.  - Centre régional de l'image de Lorraine

Interview de monsieur Colombo, cousin du pape Jean XXIII (16mm noir et blanc, Actualités, 1958) Léon Zitrone interviewe le cousin du pape, qui est maçon, sur son lieu de travail, à Merfy près de Reims  - INA

 

 

La Naissance d'une République (35mm couleur, 1963 mais tournage de 1961-1962, URSS G. Assatiani) suivi de The Holiday of Hope (35mm N&B, film bulgare de 1964) Le conflit filmé en immersion du coté du FLN par les réalisateurs du bloc soviétique -  Film Images

 

 

Les Etats Unis Saluent l'indépendance de l’Algérie (35 mm Couleur 1962) Documentaire produit par une agence de propagandes US qui montre les cérémonies de l'indépendance et la rencontre Ben Bella Kennedy  - Atelier des Archives

Voir la description de l'extrait sur le site de l'Atelier des archives 

Algérie (8 mm couleur, amateur) Extrait de deux films amateur montrant les traces du conflit, avec notamment les voitures brûlées par leur propriétaire avant de quitter le territoire et des slogans politiques sur les murs – Atelier des Archives

Voir la description de l'extrait 1 sur le site de l'Atelier des archives

Voir la description de l'extrait 2 sur le site de l'Atelier des archives

 

Trois sujets sur Charonne (16 mm, N&B, 1961-1962 – trois sujets non identifiés) Manifestation du 19 décembre 1961, Enterrement de Charonne le 13 février 1962 et manifestation de Charonne - Ciné-Archives

 

Octobre à Paris (16 mm, N&B,1962, de Jacques Panijel) D'abord interdit, puis étouffé, ce film invisible a finalement été retiré de la circulation par la volonté de son réalisateur, pour protester contre la répression dont il a fait l'objet. Plus d’infos au lien suivant. Extrait : Les manifestants quittent peu à peu le bidonville de banlieue pour rejoindre le lieu de la manifestation - Extrait proposé par le Forum des images.

 

Campagne électorale en France Les affiches électorales de François Mitterrand, Valérie Giscard d’Estaing et Jacques Chaban-Delmas agrémentées de bulles contestataires (16mm couleur, collection UPITN, 1974) - AP Archive

Voir la description de l'extrait sur le site de AP Archive
 

Song of Le Mans (16 mm couleur, 1970, réalisé par Serge Sokolowski ) Making off inédit : Steve Mc Queen sur le tournage du film « le Mans » - Lobster Films

 

Barbara et Serge Gainsbourg (16mm noir et blanc, ORTF Nancy, 1965) Interview menée par un journaliste des plus maladroits - INA
 

 

La mode anti crise (16mm couleur, collection UPITN, 1973) Les derniers modèles de la mode masculine alliant « élégance » et chaleur pour faire face à la crise de l’énergie - AP Archive

Early Bird Jam Session (16mm noir et blanc, ORTF, 1965) Sous la direction du pianiste Jack Dieval, Sept musiciens de jazz jouent ensemble en direct depuis sept capitales différentes (Paris, Londres, Genève, New York, Bruxelles, Rome, Berlin). le chorus final - INA

 

Ah le petit vin blanc ! film amateur muet inspiré par la chanson du même titre, chanté par Lina Margy et accompagné pour l’occasion du public de la soirée  - Centre régional de Lorraine

 

"Coups de coeur des sources", 7 avril 2011

Activités

Écrit par Yves Gaillard Jeudi, 12 Mai 2011 19:37

Le principe

La soirée « Coups de coeur des sources », l'un des rendez-vous annuel de PIAF, est l'occasion pour les archives adhérentes de présenter leurs images insolites, rares, mystérieuses, uniques... Elle fait pendant aux « Coups de coeur des documentalistes ». Les contraintes : sept minutes d'archives par sources, l’archive doit être brute, non remontée et les clips commerciaux sont formellement interdits. Ce rendez-vous est réservé aux adhérents de PIAF.

« Coups de coeur » du 7 avril

La programmation de la soirée fut organisée par Anne Simon, de Lobster Films, et Jean François Renac, trésorier de l'association. Dix sources participèrent : la Cinémathèque de Bretagne, le Centre régional de l'image de Lorraine, AP Archives, Ciné Archives, Framepool, Lobster Films, Film images, L'Atelier des archives, le Forum des images, et l'INA.

Plus d'une cinquantaine de personnes assistèrent à la projection, organisée dans le Media Village.

La soirée débuta par une coupe de champagne courtoisement proposée par Framepool, hôte de la soirée, puis les projections commencèrent, chaque extrait étant introduit par un représentant de sa source d'origine.

Pour le programme et certaines vidéos de la soirée, cliquez ici!


 

Compte-rendu :"L'Empire du milieu du Sud"

Activités

Écrit par Yves Gaillard Mercredi, 16 Février 2011 00:09

Séance publique de PIAF : autour de"L'Empire du milieu du Sud"

En présence de Eric Deroo (co-auteur et réalisateur) et Vincent Schmitt (monteur)

Cinéma La Clef, 7 février 2011

Les séances publiques de PIAF, ouvertes à tous, sont l'occasion d'interroger concrètement la réutilisation d'archives audiovisuelles, tant dans leurs composantes techniques qu'esthétiques.

La dernière séance publique s'est tenue autour du film  "L'Empire du milieu du Sud », de Jacques Perrin et Eric Deroo, en présence de Eric Deroo et Vincent Schmitt, monteur.

Elle était animée par Jean-Yves de Lépinay, président de l'association, et Anne Connan, co-secrétaire, et ayant travaillé sur le film en tant que documentaliste-recherchiste.

Genèse du projet

L'idée du film s'origine dans l'intérêt profond du comédien et réalisateur Jacques Perrin pour l'Indochine. Depuis son rôle de jeune officier dans le film « La 317e section » de Pierre Schoendoerffer (1965), Jacques Perrin fut profondément marqué par ce pays et son histoire.

En 1990, Jacques Perrin conçoit pour le mémorial de Caen le film « D-Day », qui présentait dans un dispositif de double écran le débarquement des troupes alliées en Normandie, filmé par les alliés et les allemands. Ce projet, symptomatique du refus des conventions formelles qui caractérise le travail de Jacques Perrin auteur, l'amena à envisager « L'Empire du milieu du Sud » non pas comme un documentaire classique, mais comme une forme poétique, un « hymne » au Vietnam. Il contacte alors Eric Deroo, pour développer le projet avec lui.

Eric Deroo, historien, spécialiste des colonies, cinéaste, est en effet également un grand connaisseur de la littérature vietnamienne, et un collectionneur d'images photographiques retraçant l'histoire de ce pays.

Cependant, de par la volonté de Jacques Perrin de ne pas s'inscrire dans une forme classique, il fut difficile pour les deux hommes de structurer le film, et de choisir un point de vue.

Dans un premier temps, ils se lancèrent dans une chasse aux images, écumant les archives et cinémathèques, dans le but de collecter le maximum de matériaux. Cette recherche les amena à entrer en contact avec des institutions du monde entier, car outre sa production propre, le Vietnam fut un pays très filmé : par ses colonisateurs, les régimes communistes (Cuba, URSS, Chine...), les pays du Pacifique (Australie, Japon...), les Etats-Unis...

Cette chasse, effectuée à une époque où le web n'existait pas, dura presque quatre ans. Eric Deroo visionna plus d'un millier d'heures d'images, documentaires ou de fiction.

En 1997, Eric Deroo avec l'aide de la monteuse Marie-Sophie Dubu, rassembla une première sélection de plus de cent heures. Ils tentèrent de les classer pour en extraire des séquences utiles, en respectant les ambitions poétiques du projet. Mais l'immense complexité logistique de cette tâche bloqua le développement du film en 1998.

En 2000, Eric Deroo et Vincent Schmitt se rencontrèrent sur un projet mené par l'ECPAD. Les innovations techniques, la réduction des coûts et des moyens nécessaires à la réalisation du film, rendaient envisageable sa reprise.

En 2006-2007 un nouveau travail de montage s'enclencha, au propre domicile de Eric Deroo. Très vite, Vincent Schmitt trouva le rythme du film, en particuliers grâce à son goût pour le son.

Jacques Perrin fut convaincu par ces essais et financa la poursuite du projet. Il s'agissait en particuliers de renégocier tous les droits d'exploitations des images, les tarifs ayant évolué entre 1998 et 2007. Engagé sur le film « Océans », Jacques Perrin supervisa le travail de montage, qui prendra quatre mois sur une période de un an et demi.

Extrait 1 : « Blanc, pourquoi viens-tu exposer ton corps pâle au grand soleil brûlant? »

Le premier extrait met en évidence la structure du film. Pendant que le narrateur (Jacques Perrin) pose dans son commentaire des jalons historiques, se déroulent des paysages majestueux du Vietnam. Puis débutent les séquences composées d'archives, tandis que le narrateur récite des extraits de textes et poèmes, tant français que vietnamiens.

Eric Deroo précise que le point de vue adopté par le film a été en quelque sorte celui de ces paysages : ces intermèdes rythmant le film présentent une journée immuable, du lever au coucher du soleil, indifférente aux événements décrits. Ces images furent tournées par Vincent Schmitt.

Ce dernier pointe le fait que ces vues sont au format 16:9, alors que l'immense majorité des archives utilisées sont au format 1:33. « L'Empire du milieu du Sud » étant destiné à une diffusion cinéma, des tests furent effectués en 16:9. Mais les pertes et déformations entrainées par le reformatage étant trop importantes, il fut décidé de conserver ce mélange de formats. Vincent Schmitt propose comme explication à la rareté actuelle des films archives – outre les budgets importants nécessaires à l'achat des droits d'exploitation – ce problème insoluble de format.

Suite à une question de la salle, Eric Deroo et Vincent Schmitt expliquent leur choix d'avoir mêlé textes français et vietnamiens, images de toutes origines, sans distinction. Par cette juxtaposition, ils souhaitaient laisser s'exprimer pleinement les subjectivités des auteurs et opérateurs caméra.

L'ambition du film est en effet de dépasser les clivages dans la représentation du Vietnam, et de tenter de donner à voir « l'âme du pays ». Il s'agit « de démonter pour mieux remonter » des archives, des textes, fortement marqués par des idéologies, et d'éviter d'opposer un camp contre un autre : pro-colonies, anti-communistes.... Leurs interlocuteurs vietnamiens leurs confièrent que cette approche de l'histoire de leur pays était à leur connaissance unique.

Afin de « lutter contre le sens des archives », il fut nécessaire de déconstruire les films utilisés, parfois jusqu'au plan. Eric Deroo donne comme exemple l'utilisation du travail du cinéaste cubain Santiago Alvarez, auteur de films au montage très morcelé.

Le parti-pris d'un narrateur unique soulève des interrogations dans le public. Eric Deroo raconte que ce choix fit également débat dans l'équipe. En effet des essais avec plusieurs comédiens, dont Denis Podalydès, furent réalisés, attribuant aux textes français, vietnamiens, etc, des voix différentes. Mais cette polyphonie reproduisait des « camps » antagonistes, ce qui se heurtait à la volonté d'universalité des auteurs. Jacques Perrin interpréta dès lors l'intégralité du commentaire.

Eric Deroo confie qu'un autre point fit débat lors du montage du film : le choix de la citation finale, extraite du roman « Le chagrin de la guerre » de Baoh Ninh. En effet, plutôt que de finir le film sur une évocation du Vietnam contemporain, puissance économique montante, « L'Empire du milieu du Sud » se clôt sur le triste constat du caractère immuable de la guerre et de son absurdité.

Cette explication amène Eric Deroo et Vincent Schmitt à évoquer leur environnement de travail. Le montage du film se déroula en effet dans la bibliothèque personnelle de Eric Deroo. Si un corpus de textes fut initialement constitué, la proximité physique avec les ouvrages le fit évoluer, et amena à de nombreux va-et-vient entre textes et images, modelant le film au rythme de nouvelles lectures.

Vincent Schmitt répond ensuite à une question sur le travail sonore. En effet, au commentaire et à la musique se superposent de nombreux bruitages et ambiances sonores. Katia Boutin, monteuse son et mixeuse du film, réalisa effectivement pour les besoins du film un important travail de prises de son et de recherches, notamment sur le bruitage des engins de guerre. Quant à la musique, composée par Cyrille Aufort, elle fut réalisée après le montage du film.

Anne Connan souligne la fluidité des glissement de sens dans le travail de montage. Elle donne en exemple la mise en évidence du caractère complaisant de prises de vue « anthropologiques» s'attardant sur les poitrines dénudées de jeunes paysannes.

Extrait 2 : « La France est notre patrie »

Eric Deroo souligne le caractère emblématique de l'esthétique du film à partir d'une partie de l'extrait choisi : la juxtaposition d'images de la visite du Maréchal Joffre en Indochine dans les années 20 (décrivant involontairement le malaise physique de ces colons engoncés) et d'une captation de théâtre de propagande viet-minh des années 60 ridiculisant les « longs-nez » (les occidentaux). Sur ces images, Jacques Perrin lit des extraits du « Procès de la colonisation française » de Ho Chi Minh, ouvrage de 1925. Loin de souffrir de cette hétérogénéité de sources, la séquence est puissante, et évocatrice de l'horreur coloniale.

Cet extrait soulève des remarques de la salle : cette approche ahistorique demande en effet paradoxalement de son spectateur une connaissance pointue de l'histoire du Vietnam pour saisir les nuances du travail de montage. Elle diffère beaucoup de l'approche adoptée par Eric Deroo dans ses précédents films, très précis dans la contextualisation des archives utilisées.

Eric Deroo répond en soulignant la difficulté qu'a représenté cet exercice de déconstruction-reconstruction poétique. Il insiste cependant sur la spécificité du projet, sur la volonté de remuer et mélanger reconstitution, images d'actualités, textes littéraires et officiels. Pour lui, l'archive n'a pas de vérité historique : et ce projet s'abstrait totalement de la croyance actuelle que tout événement historique a été filmé, qu'il y a une preuve en image pour chaque chose. (Le travail réalisé sur « L'Empire du milieu du Sud » lui a ainsi donné l'envie d'un autre projet basé sur ses propres rushes glanés au fil de ses films précédents, et basé sur le même principe de juxtaposition, qui ne serait ni une fiction ni un documentaire.)

Une citation dans le commentaire frappa le public par sa force évocatrice (« les âmes en peine »...). Eric Deroo précise qu'elle est tirée de l'oeuvre du poète Nguyen Du, un des plus grands écrivains vietnamiens. La poésie vietnamienne se distingue selon Eric Deroo par l'immuabilité de certains thèmes, en particuliers l'absurdité de la guerre, et la présence immuable des éléments : eau, boue, feu...

Une image étonnante entraîne une anecdote savoureuse : lors d'un reportage commandé par Albert Kahn sur un mariage traditionnel vietnamien, une coupe dévoile soudain le strip tease intégral de la « mariée », dans un coin isolé. Cette image, étrangement floue, était vraisemblablement destinée à être vendue sous le manteau comme objet érotique par l'opérateur. L'image est peu montrée précisa Eric Deroo, et le musée Albert Kahn hésita avant d'en autoriser la diffusion.

Extrait 3 : « les couleurs transparaissent mais l'âme n'y est plus »

Le funèbre troisième mouvement de la Symphonie n°1 de Mahler baigne l'extrait présenté, présentant le souverain fantoche, sans pouvoir, installé par la puissance coloniale française. Vincent Schmitt souligne que malgré les effets de synchronisme, la musique fut ajoutée une fois le montage image de la séquence achevée.

Très musical, l'extrait souligne un travail de montage fondé sur l'analogie formelle entre les plans, et le dialogue avec le commentaire, plus que sur des liens de causalité.

Eric Deroo décrit alors la méthode employée, et la met en perspective avec la tentative de 1997. Les sources images, sur support Beta Numérique, furent numérisées, puis chaque plan fut nommé avec le plus d'indications possibles. A l'aide de la fonction de recherche du logiciel de montage, il était dès lors aisé de retrouver des plans correspondant à une intention, comme par exemple les motifs de la poésie vietnamienne. Cette démarche, précise Eric Deroo, aurait été impensable avant le numérique, car trop coûteuse en temps de manipulation de cassettes. Elle permit de faciliter la navigation dans l'important volume d'archives source, et de provoquer des rapprochements d'images.

Extrait 4 : Dien Bien Phu

L'extrait présente de nombreuses images « amateur ». Eric Deroo en explique l'origine : elles furent tournées par les troupes parachutiste du capitaine Sassi, en action sur les haut-plateaux laotiens. Cet officier ordonna à ses hommes de s 'équiper de caméra, et de filmer les opérations, comme animé par la conscience de l'extraordinaire des paysages et de la situation.

L'extrait comporte également de nombreux fragments de discours. Vincent Schmitt souligne la difficulté de retrouver les archives sonores, car elles sont moins bien répertoriées que les archives image.

Eric Deroo complète en informant l'assistance que l'une des plus importantes archives sonores sur la guerre d'Indochine fut réunie par Jean-Marie Le Pen pour les besoins de sa société d'édition phonographique SERP, active des années 1960 à 2000. Ainsi, un échange radio resté célèbre entre le général de Castries, menant le siège à Dien Bien Phu, et le général Cogny à Hanoï, quelques instants avant la chute de l'armée française, faisait partie de ces collections. Les bandes magnétiques originales du fonds SERP seraient désormais chez un brocanteur de Vanves...

Extrait 5-6 : Guerre du Vietnam

L'extrait proposé présente un va-et-vient entre le quotidien des troupes viet-cong et américaines. Le montage est cette fois basé sur des jeux d'analogie et de décalage entre l'image et le son, afin d'éviter selon Vincent Schmitt le travers récurrent du film d'archive : l'image comme illustration du commentaire.

Eric Deroo s'attarde sur deux films dont des images furent utilisées dans l'extrait. Le premier est une production de l'armée américaine, détaillant toutes les étapes du parcours d'une dépouille de soldat, de son lieu de mort à son retour aux Etats-Unis. Sorte de « film d'entreprise », d'une facture très lisse, le film était destiné à être présenté aux familles de militaires.

Le second film est un documentaire japonais produit par la NTV, qui fut quasi-immédiatement interdit de diffusion à sa sortie. « With a South Vietnamese Marine Battalion », réalisé en 1965 par Junichi Ushiyama, immerge le spectateur dans le quotidien de rangers sud-vietnamiens. Ushiyama montre frontalement tortures et massacres commis au nom de la guerre, comme des rituels d'une société étrange, réalisant une des oeuvres les plus terribles sur le conflit vietnamien. Afin de pouvoir utiliser ses images, de longues négociations furent nécessaires avec l'auteur.

Eric Deroo conclut la séance en évoquant sa crainte, à la reprise du projet en 2006, de ne pas pouvoir récupérer tous les éléments originaux visionnés en 1997, en particuliers les sources vietnamiennes. Dégradation, pertes de bobines,... ce cinéma semblait en danger. Or, tous les films repérés avaient entretemps été numérisés, classés et restaurés, pour satisfaire les besoins du marché local de la télévision privée. Tous les plans ont donc été retrouvés!

(note : les "titres" donnés aux extraits 1, 2, et 3 sont des citations issues du film)

L'Empire du milieu du Sud (2009)

Auteurs-Réalisateurs : Éric Deroo, Jacques Perrin

Montage : Vincent Schmitt

Montage son et mixage : Katia Boutin

Musique : Cyrille Aufort

Production : Galatée Films, ECPAD

Distribution (France) : Les Acacias

Durée : 1 h 26

Sortie au cinéma le 24 novembre 2010

DVD disponible à partir du 5 avril 2011 aux éditions Montparnasse

Ouvrages cités :

Bao Ninh, Le chagrin de la guerre, traduit par Phan Huy Duong, édition Philippe Picquier, Paris, 1991, collection Poche n° 75

Nguyen Du, Kim Vân Kiêu, Les amours malheureuses d'une jeune vietnamienne au XVIIIe siècle, traduit par Nguyễn Khắc Viện, L'Harmattan, Paris, 1999

 

Séance publique : "L'Empire du milieu du Sud"

Activités

Écrit par Yves Gaillard Mardi, 15 Février 2011 23:44

En présence de Eric Deroo (co-auteur et réalisateur) et Vincent Schmitt (monteur)

Cinéma La Clef, 7 février 2011

Les séances publiques de PIAF sont l'occasion d'interroger concrètement la réutilisation d'archives audiovisuelles, tant dans leurs composantes techniques qu'esthétiques.

La dernière séance publique était consacrée au film  "L'Empire du milieu du Sud »,  de Jacques Perrin et Eric Deroo. Eric Deroo et Vincent Schmitt, monteur du film, étaient présents.

La rencontre fut rythmée par la projection d'extraits, commentés par les invités et les nombreuses questions de la salle. Cela permit à Eric Deroo et Vincent Schmitt de revenir sur leurs méthodes de travail, l'ambition esthétique du projet, la diversité des archives présentées... Et de délivrer plusieurs anecdotes, savoureuses ou glaçantes, sur l'origine des images utilisées.

 

Lire le compte-rendu détaillé...

 

Les évadés de la télé

Activités

Vous connaissez certainement Yves Riou et Philippe Pouchain, les réalisateurs bien connus de films documentaires ("Desproges est vivant", "L'Olympia, les 50 ans", "Joséphine Baker en couleurs", "Du côté de chez Vian",...).

P.I.A.F  a souhaité les interroger (comme nous l'avions fait par exemple avec Yves Jeuland il y a quelques mois) sur leur façon particulière d'utiliser les images d'archives. Ils nous ont répondu sous la forme d'un spectacle, qu'ils présenteront

le 29 mars prochain à 20h00,

salle Adyar, 4 square Rapp, Paris 7ème.

Car Yves Riou et Philippe Pouchain sont aussi de  célèbres artistes de music-hall (Olympia, Bobino, Théâtre d'Edgar,...). Ce spectacle, "Les évadés de la télé", est donc leur retour sur scène, après des années d'absence !

Uniquement sur invitation, dans la limite des places disponibles. Les adhérents sont invités à réserver rapidement !

 

Page 4 de 5

«DébutPrécédent12345SuivantFin»

JoomlaWatch Agent

JoomlaWatch Stats 1.2.9 by Matej Koval