Activités

Activités 2013

Activités

Écrit par Administrator Lundi, 11 Février 2013 07:42

Activités 2013

Mars : la dématérialisation des archives et ses conséquences (conservation, circulation,...)

Avril :  Cinémathèques d’entreprises

Avril ou mai : Rencontre avec Jean Labib, Compagnie des Phares et Balises : produire un film avec des archives.

Mai : Politique des Cinémathèques pour l'accès aux œuvres

7 juin : "Images d'archives de Jean-Paul Sartre", dans le cadre de la Nuit Sartre organisée par l'Ecole Normale Supérieure, rue d'Ulm.


 

Compte rendu de la Soirée Europa Film Treasures, le 17 Janvier 2012

Activités

Écrit par Administrator Vendredi, 27 Janvier 2012 18:07

Europa Film Treasures (EFT) est plus qu'un site internet de VoD, c'est un réseau de 31 centres d’archives et cinémathèques européennes, présentant à ce jour plus de 180 films datant de 1894 à 1999, retrouvés, restaurés, documentés et mis en musique par des artistes contemporains, visible gratuitement et en plein écran, et sous-titrés dans cinq langues (français, anglais, allemand, italien et espagnol). Le site compte à ce jour deux millions de visiteurs. Il a reçu le Focal Award 2011  dans la Catégorie  « Best Use of Footage on Non-television Platforms ».

P.I.A.F a décidé d'organiser une soirée de rencontre avec l'équipe de EFT, qui nous a présenté les coulisses du site. La soirée était organisée par Anne Simon, présentée et animée par Jean-Yves de Lépinay.

Les intervenants :
Serge Bromberg, Lobster Films
Jean-Baptiste Duquesne, Enki Technologies
Claire Gadéa, coordinatrice générale et administratrice du site  
Delphine Jaquet, coordinatrice générale et chargée de la production du site
Eric Lange, responsable des relations avec les cinémathèques

le Compte rendu a été rédigé par Nathalie Fisbach :

En introduisant le site Europa Films Treasures présenté aujourd’hui au Forum des Images, Jean-Yves de Lépinay (directeur des programmes du FI) rappelle que le travail de valorisation et d’éditorialisation des images est l’un des enjeux documentaires qui s’impose pour toutes les images d’archives. Telle est la gageure du site Europa Films Treasures qui a entrepris, depuis sa mise en ligne en avril 2008, un véritable travail de mise en valeur des films de patrimoine issus d’une trentaine de cinémathèques européennes.

Après la projection du teaser du site EFT, Serge Bromberg prend la parole et revient sur la genèse du site.

Europa Film Treasures : genèse d’un site grand public dédié au cinéma de patrimoine et en accès libre (par Serge Bromberg)

Il est très facile d’aller chercher des images sur Internet, d’aller chercher des images à quelques km de chez soi, mais lorsqu’on est à Edimbourg et qu’il faut aller chercher une bobine à la cinémathèque de Serbie et qu’ils parlent tous serbe, et bien on n’y arrive pas !

Partant de ce difficile constat, le grand public profane souvent étranger à l’univers du film patrimonial, se détache de la démarche de collecte, de présentation et de partage des images et des mémoires. Les cinémathèques constituent dès lors les clés de notre mémoire d’images comme l’était la Vidéothèque de Paris aujourd’hui rebaptisée Forum des images qui avait cette vocation de collecter, restaurer et partager. Cependant, un peu en marge des cinémathèques à la force de frappe majeure (telles le British Film Institute, la Cinémathèque française, la Cineteca di Bologna, EYE Film Instituut Nederland…) il y a les cinémathèques moins connues, régionales ou plus lointaines (Finlande, Bulgarie) qui n’ont qu’une faible puissance de rayonnement.

En dépit de l’arrivée d’Internet et de nouvelles générations de conservateurs, les échanges entre les cinémathèques restent très ciblés et n’offrent pas un accès permanent à la richesse du patrimoine conservé en Europe. D’où l’idée, née à Lobster Films, de mettre en valeur le travail de conservation pour répondre au besoin de partage entre les cinémathèques à travers un projet de coffret DVD qui s’appellerait « Trésors des archives européennes », sur le modèle de l’édition par les grandes archives américaines des coffrets DVD « Treasures From American Film Archives ».

Ainsi, malgré un rejet prévisible de la part des cinémathèques de la Fiaf qui ne voient pas d’un bon œil « l’intrusion » d’une société privée, Lobster Films, forte de sa longue expérience, de son solide réseau et soutenue tout de même par une dizaine de cinémathèques, lance ce projet de valorisation du travail des cinémathèques européennes à travers les films qu’elles ont restaurés.

Très vite la communauté européenne soutient le projet mais remet en question le support : il faut oublier le DVD et promouvoir le partage par Internet. Idée enthousiasmante qui se concrétise par la création du site VoD Europa Films Treasures, inauguré en avril 2008. Media soutient le projet, qui part comme une traînée de poudre : le cinéma de patrimoine est mis à la disposition du grand public via Internet avec un accès gratuit. Trois ans plus tard, le projet a réuni près de 200 films et une trentaine de cinémathèques. Deux millions de visiteurs uniques, ont visité le site, soit entre 2000 et 6000 visiteurs par jour.

Présentation des intervenants

Jean-Baptiste Duquesne dirige Enki technologies et gère la plateforme technique du site ; Delphine Jaquet et Claire Gadéa sont coordinatrices générales du site. Delphine Jaquet assure le pôle production, tandis que Claire Gadéa s’occupe de la gestion financière, de l’aspect administratif et juridique et du suivi des partenariats. Quant à Eric Lange, alter ego de Serge Bromberg à Lobster, il travaille depuis le début pour le site et s’occupe plus particulièrement de la relation avec les cinémathèques.

Claire Gadéa prend la parole mais, avant d’annoncer le déroulé de la présentation en cinq points, elle précise que le site, tourné vers le grand public, n’est pas une base de données exhaustive. De plus, les films sont mis en ligne parce qu’ils sont restaurés par les archives européennes, ils ne sont pas forcément européens et peuvent donc inclure des films américains ou du monde entier. Enfin, Claire évoque Pascaline Peretti, récemment partie, qui est aussi à l’origine du site.

Aujourd’hui EFT se trouve à une étape charnière : pour répondre aux nouveaux besoins du site qui s’est beaucoup enrichi, il faut revenir sur la structure originelle dont la phase d’élaboration a été très courte. Cette adaptation induit une refonte de la charte graphique et de la navigation.

1. Mise en valeur des films et travail d’éditorialisation (Delphine Jaquet)

Delphine Jaquet présente la home page et explique que l’accent est mis sur la mise en valeur des images par un travail autour des films, avec rédaction de livrets, résumés, mise en musique lorsque les films sont muets ainsi qu’une documentation autour du film mis à disposition pour le public néophyte.

Aujourd’hui le site comporte 183 films dont il faut faciliter l’accès. Claire Gadéa précise à ce propos que l’une des spécifications techniques impliquait d’arriver au film en 3 clics. Jean-Baptiste Duquesne rappelle aussi la contrainte, dès le départ, de rendre le site accessible en cinq langues avec sous-titrages.

> Démonstration avec projection d’extraits de films.

Les textes sont toujours écrits par les mêmes auteurs pour préserver l’uniformité du site (résumés et livrets synthétiques placés au même niveau que les films et qui constituent une contextualisation des images). Les livrets permettent en outre de renforcer les relations avec les cinémathèques pour qui le travail de recherche sur les films peut constituer une valorisation du fonds.

> Projection du film On doit le dire - 1918

Pour répondre à toutes les conditions de visionnage, 3 débits (512 k, 1Mb et 3Mb) ont été mis en ligne. Dans un souci de vulgarisation de l’histoire des techniques du cinéma (invention du cinéma en couleur, du cinéma sonore…) le site a conçu des ateliers, véritables workshop ludiques qui permettent de sonoriser un film muet ou de comprendre les étapes de l’invention de la couleur au cinéma :

> Démonstration à l’écran

À la question concernant le téléchargement, Claire Gadéa répond qu’il est impossible de télécharger sur le site : l’équipe a été très vigilante sur cette question. Un système de protection poussé a été mis en place avec Enki Technology : l’équipe de Europa film treasures a réalisé un petit spot dissuasif qui est téléchargé à la place du film en cas de tentative poussée. Jean-Baptiste Dusquenne précise qu’en matière de piratage le risque zéro n’existe pas. Tout l’enjeu est de rendre le processus de piratage tellement long et difficile qu’il en devient dissuasif. Jean-Yves de Lépinay de rajouter : « et quel est l’intérêt de voler ce qui est gratuit ? »

EFT passe commande de musiques originales (plus de 90 films ont une musique originale sur les 183 films en ligne). Un partenariat avec la SACEM a été mis en place depuis deux ans ainsi qu’avec le CNSMDP (Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris). Ces commandes représentent une valorisation supplémentaire pour les films. Un master de la musique originale est donné à la cinémathèque concernée par le film. C’est l’équipe d’EFT qui attribue les films à chaque compositeur dont elle connaît en général l’univers.

2. Relations avec les cinémathèques et le travail de réseau (Eric Lange)

Les relations avec les cinémathèques existent depuis plus de 20 ans à travers les différents projets de restauration de films. Contraintes d’admettre les enjeux incontournables du web, le projet soumis aux cinémathèques d’abord réticentes a fini par être bien perçu. Conçu comme une sorte de portail pour faire connaître le travail des cinémathèques, le site bien que destiné au grand public, doit répondre aux critères de rigueur historique et de restauration.

Les cinémathèques doivent proposer des films : ce sont plutôt les cinémathèques à faible visibilité qui répondent à l’appel (comme la cinémathèque de Macédoine…). Il faut parfois les pousser ou les orienter, mais les échanges restent assez ouverts, sans contrainte particulière. Le choix des films se fait en tenant compte de la programmation. Il y a une volonté de mettre en ligne des films plus contemporains (années 50) avec un peu d’avant-garde.

EFT compte aujourd’hui 31 cinémathèques qui représentent 19 pays, d’autres cinémathèques régionales ou plus lointaines souhaitent aussi intégrer le site. Serge Bromberg remarque que la cinémathèque de Belgique va probablement bientôt rejoindre EFT, convenant de la nécessité  de s’ouvrir.

Le matériel envoyé est en général au format beta, parfois sans restauration ni mise en musique, à la charge de l’équipe du site. L’autre grand travail avec les cinémathèques concerne la conception du livret, écrit à Paris et devant être impérativement approuvé par la cinémathèque concernée.

Claire Gadéa explique qu’un accord cadre a été mis en place avec les cinémathèques : un contrat qui précise que celles-ci se chargent de proposer des films pour lesquels elles ont clarifié la chaîne des droits. Elles garantissent ainsi les droits de diffusion non exclusifs sur internet et la possibilité de les montrer sur ce média gratuitement. EFT ne détient pas d’autres droits dessus. À ce propos Eric Lange rappelle que le site ne fonctionne qu’en streaming, sans possibilité de téléchargement, ce qui représente une sécurité pour les cinémathèques. De surcroît, renchérit Claire Gadéa, pour lutter contre le piratage, EFT a imaginé un film de prévention pour dissuader toute velléité de détournement.

8 heures de film minimum doivent être intégrées tous les ans au regard des critères du programme Media de l’Union Européenne principal partenaire financier du site. Cette année, 36 nouveaux films ont été mis en ligne.

Le programme Media est essentiellement dédié à la mise en ligne de films ; la mise en valeur et l’éditorialisation des films étant une valeur ajoutée mais pas l’objectif premier du soutien. Or le budget EFT doit prendre en charge le coût du travail de valorisation autour des films : paiement des droits aux compositeurs, coût du sous-titrage, paiement des droits d’auteur des personnes qui rédigent les livrets etc. L’Union Européenne impose un site en 5 langues, d’avoir en ligne 70 % minimum de films de nationalité européenne, (en mettant l’accent sur les films de nationalité à faible visibilité), et obligation de mettre au moins 8 heures de films en ligne avant le 31 décembre (obligation très contraignante pour EFT qui dépend de la mise à disposition des films par les cinémathèques).

> Projection du film Handkerchief Drill - 1949

3. Les problématiques techniques et la diffusion (Jean-Baptiste Duquesne)

L’accessibilité : plusieurs débits pour chaque film sont mis en place pour permettre un visionnage à l’ensemble des publics et des territoires.

Le streaming : en 2007 la VOD en était à un stade très expérimental ce qui a justifié certains choix notamment sur les encodages en technologie Flash.

La création de trafic : le principal levier de création de trafic adopté a été le bouche à oreille et l’événementiel. Le deuxième levier provient des moteurs de recherche (page qui couvre une palette sémantique relativement large et qui amène plus de la moitié du trafic) auxquels s’ajoute toute la puissance des réseaux sociaux pour la diffusion. Il a été difficile parfois de gérer les pics de charge liés à des phénomènes de buzz incontrôlables. Aujourd’hui le trafic s’est régularisé avec des architectures dimensionnées en terme de serveur pour permettre la diffusion au plus grand nombre.

Le film  Wilbur Wright und seine Flugmaschine – 1909 a fait un énorme buzz. Les images captées par la première caméra embarquée dans l’avion de l’américain Wilbur Wright a enthousiasmé les hommes de la Nasa qui ont aussitôt envoyé le lien à leur carnet d’adresses entraînant 300 000 visionnages, soit parfois 90 000 visionnages en un ou deux jours. Delphine Jaquet donne aussi l’exemple du film Tramway, très regardé par les internautes et Claire Gadéa signale à ce propos la corrélation entre la médiatisation du film (articles de presse) et la fréquentation du site. Pour Eft il est important d’obtenir, en ce sens,  des articles dans la presse ou sur le net afin d’attirer l’internaute et augmenter la fréquentation  site. Les pays européens qui consultent le plus le site EFT sont la France et l’Italie.

4. Le modèle économique (Serge Bromberg)

Opération extrêmement coûteuse du fait de la mise en réseau des cinémathèques et le traitement de chaque film qui va jusqu’à la composition musicale, la mise en ligne, la bande passante, les différents traitements, l’équipe de support qui anime le site (entre 2 et 6 personnes selon les phases) ainsi que les différents partenaires, ENKI, LVT, la SACEM… Cette opération représente un budget de 500 000 € par an donc une mise de fonds importante. Le programme Media a décidé de soutenir le projet et autorise un couloir de financement qui répond à des règles simples : pour 2 € dépensés dans le cadre de cette activité, 1 € sera payé par Media dans la limite de 250 000 €, ce qui implique d’avoir trouvé par ailleurs 250 000 € auprès de sponsors et partenaires.

Les partenaires techniques qui ont suivi le projet sont : Enki, présent dès le départ ; LVT pour la création des sous-titres et l’encodage ; la SACEM, formidable partenaire stimulant la curiosité et incitant à la création musicale, ainsi que le CNSMDP (jusqu’à 2011) également pour la création de musiques.

> Projection simultanée de Tramway avec la musique  de Ivan Boumans Molina étudiant au CNSMDP

5. L’avenir du site (Serge Bromberg)

Mais le modèle est complexe et n’a jamais pu reposer sur le sponsoring. Aujourd’hui, dans sa quatrième année, le site se trouve à une croisée des chemins : l’aide à la VoD de Media n’a a priori pas vocation à aider les projets sur le long terme : il faut trouver un modèle économique. Ce qui est difficile en VoD pour des films de patrimoine rares, car peu de gens seront prêts à payer pour voir des films dont ils n’ont a priori aucune idée. Par conséquent, il faut maintenant essayer de créer des sources de financement propres à ce type de site et être créatif puisque le financement pour des sites gratuits est rare. Un certain nombre de mécanismes ont été mis en place comme l’encart sur la home page « Soutenez-nous », le modèle publicitaire est également adopté mais plus généralement, EFT est à la recherche d’un véritable modèle économique qui permette, notamment, de préserver le principe absolu de gratuité du site.

> Pour conclure, projection de deux films :

Akt-Skulpturen. Studienfilm für bildende Künstler - 1903

Symphonie bizarre - 1909

 

archives et montage. Montage d'archives

Activités

Écrit par Yves Gaillard Lundi, 16 Mai 2011 20:14

« Archives et montage. Montage d'archives » Compte rendu

Soirée PIAF du 26 avril 2011, aux Ateliers Varan


Une soirée préparée par Edwige Laforêt et Anne Connan, documentalistes, Thierry Rolland, de L'Atelier des archives, Claudine Dumoulin, monteuse, avec l'aide de Gilles Guillematin.

Montage et archives... A la base d'un film d'archives, il y a souvent une idée de montage, une manière de faire correspondre ou dialoguer les archives et d'autres types d'images. Cette soirée PIAF se proposa d'aborder quelques unes des problématiques à l'oeuvre dans cet échange.

Des problématiques esthétiques ou éthiques tout d'abord,
au travers d'une discussion autour d'une douzaine d'extraits, proposant un panorama non exhaustif de l'utilisation possible des archives, de "La chute de la dynastie Romanov" à Peter Forgacs, en passant par Ken Burns.... De nombreux réalisateurs présents, tels Yves Jeuland, Philippe Kohly, Patrick Jeudy, ou Yves Riou et Philippe Pouchain, des documentalistes, des monteuses, intervinrent pour compléter la présentation des extraits, exposer leurs méthodes de travail, ou relever des problèmes très concrets de l'utilisation d'archives. (compte rendu n°1)

Des problématiques techniques ensuite :
toutes les étapes de la fabrication d'un film utilisant désormais le numérique, les pratiques de plusieurs professions en sont profondément affectées. Tout d'abord, Anne Connan et Edwige Laforêt décrivirent donc les difficultés rencontrées par les documentalistes recherchistes aujourd'hui, confronté(e)s à des délais et des budget toujours plus courts. Puis elle appelèrent réalisateurs et monteurs à interpeller les sources sur la qualité parfois discutable des images numérisées fournies. Une piqûre de rappel sur la pratique du «retaillage » des formats d'images fut ensuite faite par Yves Jeuland, suite à la projection de son court métrage « Les décapités du 16/9e ». Puis Eric Salleron, étalonneur chez Avidia, apporta un éclairage inquiétant sur les usages actuels en matière de post-production. Le besoin d'une "charte de bonne conduite" technique, à diffuser voire imposer dans la profession, fut formulée. (compte rendu n°2)
 

archives et montage. Panorama

Activités

Écrit par Yves Gaillard Lundi, 16 Mai 2011 20:17

Comte rendu n°1 : Pour un panorama non exhaustif de l'utilisation des archives

Edwige Laforêt, Anne Connan, documentalistes, Thierry Rolland et Claudine Dumoulin se succèdent pour introduire en quelques mots des extraits représentatifs des variations du film d'archives...

La chute de la dynastie des Romanov. 1927 - Réalisation Esfir Schub. Montage Esfir Schub. Extrait : 5’02

Le film originel? La séance débute avec un extrait mettant en parallèle le luxe de la cour de Nicolas II et la misère du prolétariat. Considéré comme le premier film d'archives réalisé, « La Chute... » connut sans doute des antécédents : Anne Connan précise que la société Pathé réalisa auparavant des montages d'archives, notamment sur le thème de la Première guerre mondiale.


The War. série documentaire. 2007- Réalisateurs Ken Burns & Lynn Nowick. Florentine Films. Montage Paul Barnes. Extrait 2’30’’

Montage anglo-saxon et science de la mise en scène. En exemple d'un style de montage très anglo-saxon, alternant archives et interviews, les premières minutes de la saga de 14h « The War », donnent à voir un montage plein de suspense à base de photographies.

Dominique Barbier, monteuse, fait remarquer l'importance du commentaire, lu par Philippe Torreton dans la version française. Cette narration, et le jeu du comédien, font en effet des intervenants du film des quasi personnages de fiction.

Deborah Ford, documentaliste recherchiste, précise que, loin d'être classique, le montage du film et son utilisation de la musique constituent une leçon de mise en scène, dans l'art de capter l'attention du spectateur.

 

Fausto Coppi, une histoire d’Italie. 1996 –Réalisateur Jean-Christophe Rosé. JBA Productions. Montage Isabelle Laclau Documentaliste Deborah Ford. Extrait 4’45

Logo(d)rama... L'extrait de « Fausto Coppi, une histoire d'Italie », haletante biographie d'un cycliste de l'après guerre, soulève lusieurs problèmes liés aux relations avec les sources et les diffuseurs. La plus visible étant l'imposition par des fonds d'archives de la présence de leurs logos dans le montage final, qui parasite de nombreuses images. Yves Jeuland, réalisateur, s'exprime sur ce point. Si le logo appartient à l'image d'origine, il y a un sens à le conserver dans le film. Sinon, sa présence affecte l'unité esthétique du film, et, polluant l'image, perturbe l'expérience du film pour le spectateur.

Ensuite, Philippe Kohly, réalisateur, commentant la voix du narrateur, équilibrée et « qui ne roule pas des mécaniques », pose la question de savoir si les diffuseurs aujourd'hui accepteraient une voix si calme...

Thierry Rolland explique quand à lui pourquoi le film est condamné à la non diffusion : tous les droits d'utilisation des archives sont échus (ce qui est aussi le cas de la plupart des films cités dans la soirée), et les coproducteurs du film ayant entretemps été rachetés, sa situation juridique est actuellement inextricable.

 

Rue Copernic, histoire d’un attentat . 2010- Réalisateur Laurent Jaoui. Alegria Productions & Israel Goldvitch Productions. Monteuse Claudine Dumoulin. Documentaliste Marie Maggiolo Camdessus. Extrait 4’30

Témoignage de salle de montage... La projection de l'ouverture de l'émouvant documentaire « Rue Copernic, histoire d'un attentat » , dont le montage fut réalisé par Claudine Dumoulin, est l'occasion d'évoquer la mauvaise qualité des éléments fournis par certaines sources.

Claudine Dumoulin raconte que lors de la conformation (1) du film, certains masters étaient encore timecodés, ou de basse qualité... Obligeant à des manipulations techniques de dernière minute. Les archives originales avaient en réalité été perdues, et il n'en subsistait que des copies vidéo médiocres.

 

Miss Universe 1929 . 2006 - Réalisateur Peter Forgacs. Lumen Films- Mischief Films. Montage Peter Sass. Extrait 4’

L'art de Peter Forgacs. Peter Forgacs est un réalisateur hongrois qui a fait de l'utilisation de films d'amateur, et de l'histoire de leurs filmeurs, la matrice de son travail. L'extrait présenté de cette histoire d'amour unique, typique de la manière de Forgacs, suscite de nombreuses réactions. Valérie Massignon, documentaliste, pointe l'importance accordée à la texture des registres sonores. En superposant commentaire, bruitages, et musiques, Peter Forgacs et son musicien attitré Tibor Szemzo produisent une grande part de l'impact visuel de leurs films par le son.

Jean Yves de Lépinay souligne l'exposition par Forgacs de la matière même des archives : amorces, rayures et vitesses de défilement.

Vincent Schmitt, monteur, évoque la diversité et l'étrangeté des images utilisées.

Thierry Rolland précise un point de la méthode de Forgacs : la retouche des images.

Anne Connan met l'accent sur une image récurrente, celle d'un homme gras et libidineux, dans cette histoire basée sur un concours de beauté féminine, apportant un sous texte ironique au film.

 

«Les quatre lieutenants français. 1994- Réalisateur Patrick Jeudy. Trans Europe Films. Monteur Fabrice Charin. Documentaliste Christophe Gombert. Extrait 5’30

Intention romanesque à base d'archives... « Les quatre lieutenants français » est emblématique d'un genre à part : un récit fictif a base d'archives.

Son réalisateur Patrick Jeudy retrace avec truculence les origines du projet, et ses rapports avec les diffuseurs. Tout part d'un lot important d'images issues des fonds de l'ECPAD, qui lui donne l'idée d'un récit inspiré de films d'aventure de son enfance, notamment « Les quatre plumes blanches » (Zoltan Korda, 1939). Le film fut écrit au montage, et modifié jusqu'au dernier moment. Canal Plus et France 3, coproducteurs du film, bien que trouvant le récit parfois peu limpide, ne lui imposèrent aucune modification. Le réalisateur évoque également le travail de son co-auteur Louis Gardel, qui écrivit les commentaires pour coller au mieux aux archives.

Le film va prochainement être édité en DVD par l'ECPAD... Qui a saisi le film, le producteur n'ayant pas réglé pendant seize ans les droits d'exploitation des archives!

 

Albert Camus. 2009- Réalisateur Laurent Jaoui. Raspail Productions. Montage Claudine Dumoulin. Documentaliste Cécile Niderman. Extrait 4’

Archives dans la fiction. Claudine Dumoulin introduit cet extrait issu du téléfilm de Laurent Jaoui consacré à Albert Camus, décrivant la remise du prix Nobel de littérature à l'auteur de « La peste ». Des images de Stéphane Freiss prononçant ce discours resté célèbre y alternent avec des archives d'époque, avec fluidité.

 

Romain Gary, le roman du double. 2010- Réalisateur Philippe Kohly . Ethan Productions. Montage Claudine Dupont. Documentaliste Valérie Combard Extrait 5’ environ

Philippe Kohly, Le spécialiste des listes de plans impossibles... Le réalisateur Philippe Kohly présente son travail, avant la projection de l'extrait issu de cette biographie de Romain Gary inspirée des « Promesse de l'aube ». Partageant le désintérêt de Gary pour le réel, son film est un « documentaire roman ». Dans l'extrait présenté, au moins six types d'images se répondent : des archives, du tournage en studio, de la photographie, de la vidéo amateur... Philippe Kohly revendique son goût de la « polyculture », ne voulant pas faire « seulement » du montage d'archives.

Aimant utiliser des extraits de films muet des années 20, il dit considérer l'archive comme une image permettant de faire « rebondir » les autres, par sa densité romanesque.

Se déclarant « le spécialiste des listes de plans impossibles », il évoque la force de sa relation avec les documentalistes. Partant d'un réservoir d'idées, ses demandes d'archives sont souvent d'une précision inatteignable... Mais grâce aux propositions de ses documentalistes, il découvrit des images inattendues, qui enrichirent l'imaginaire visuel du film.

En réponse à cette présentation, une documentaliste dans la salle explique que cette relation documentaliste-réalisateur se fait malheureusement de plus en plus rare, pour des questions de budget et de planning.

En conclusion, Philippe Kohly commente son choix d'une voix féminine, celle de la comédienne Anouk Grinberg, pour le commentaire de son film : une voix féminine ne fait pas d'ombre à Gary...

 

Camarades, il était une fois les communistes français. 2003- la Compagnie des Phares et Balises. Réalisateur Yves Jeuland. Montage Dominique Barbier. Documentaliste Marie-France Pirotte. Extrait 1'08’

Archives et musique. Thierry Rolland explique le choix de l'extrait – des ouvriers marchant vers l'opérateur, tandis que Serge Reggiani chante off « Paris ma rose » : il est représentatif de l'utilisation de la musique dans le travail d'Yves Jeuland.

Après avoir évoqué son prochain projet de film, co écrit avec Henri Gougaud, l'auteur du texte de « Paris ma rose », Yves Jeuland commente l'extrait. Pour lui, la chanson est aussi une archive : il s'agit donc de la montrer, soit sous forme d'interprétation filmée, soit en la faisant « dialoguer » une image qui lui correspond. L'extrait utilisé provient de Ciné Archives, il fut ralenti et légèrement colorisé pour obtenir une tonalité sépia. La séquence intervient comme une respiration dans le film dont elle est extraite.

Dominique Barbier, monteuse du film, ajoute que cette séquence fait contraste avec ce qui la précède, constituant un hommage à ces ouvriers.

 

Hôtel du Parc. 1991- Réalisateur Pierre Beuchot. Archipel 33. Montage Françoise Collin & Martine Bouquin. Documentalistes Frédérique Grou-Radenez, Marie-France Reverier, Marie Bessi… Extrait 1’30

Confusion des genres. Anne Connan introduit l'extrait en invitant le public à repérer les images amateur réelles, tournées à Vichy lors d'une visite du Maréchal Pétain, d'images tournées pour le film, simulant la patine de l'archive.

Le film, précise-t-elle, fut réalisé avec le budget d'un film de fiction. L'utilisation de fausses archives n'a pas ici de fonction particulière, semble t-il, sauf à "lisser" les différentes sources d'archives : actualités filmées "Vichy", film (ou films) amateur, puis de nouveau actualités filmées .

Véronique Massignon, documentaliste, intervient en posant la question de la confusion des genres : la dissolution dans ce film des frontières entre les images de toutes origines, qui aurait pu aboutir à un trouble sur la véracité des archives, ne provoque qu'une «légéreté lourde », flagrante en regard des autres extraits présentés.

Anne Connan conclut sur la place de l'archive dans le film de Pierre Beuchot, qui à son avis suscite chez le spectateur une interrogation sur le statut des archives, d'où l'intérêt critique et le côté précurseur à l'époque de cette mise en scène des archives.

 

Roman Karmen. 2002- Réalisateur Patrick Barberis. Kuiv Productions. Montage Françoise Bernard & Paul Morris. Documentaliste Marie-Hélène Barberis. Extrait 4’.

La fabrication d'images d'archive. L'extrait présenté ici, montrant les importants moyens humains et techniques mis en oeuvre par le cinéaste russe Roman Karmen pour filmer une scène devenue emblématique de la défaite française en Indochine, constitue une démonstration par l'exemple du caractère parfois totalement mis en scène d'images « historiques »!

 

Les claquettes, quel pied!. 2006- Réalisateurs Yves Riou & Philippe Pouchain. Cinétévé. Montage Michel Blustein. Documentaliste Véronique Lambert de Guise. Extrait 4’

Faire revivre. Yves Riou et Philippe Pouchain en commentant brièvement l'extrait de ce film de 2006, évoquent les racines de leur travail. Tout d'abord, l'immense plaisir de faire « revivre » les disparus, comme ici Clark Gable ou Judy Garland. Et une fois l'archive trouvée, trouver comment l'utiliser à son meilleur. Mission réussie, au vu de cette appropriation hilarante d'une publicité promotionnelle de la MGM!

 

(1) conformation : (on dit également montage original ou montage négatif) phase du travail effectuée au laboratoire et consistant à assembler les éléments originaux de prise de vues (soit un négatif, soit un inversible, soit pour un montage vidéo des masters de bonne qualité) conformément à la copie de travail obtenue à la fin du montage.

Suite du compte rendu : problématiques techniques

 

archives et montage. Réalité professionnelle

Activités

Écrit par Yves Gaillard Lundi, 16 Mai 2011 20:22

Compte rendu 2 : Archives et montage. Montage d'archives. Problématiques techniques

Après les projections, un débat s'engageat en trois temps : les conditions de travail des documentalistes, le rappel du problème du « retaillage d'images », et le témoignage d'Eric Salleron, étalonneur, sur l'évolution des pratiques.

Un constat de dégradation des conditions de travail des documentalistes

La deuxième partie de la soirée débute par la description par Anne Conan et Edwige Laforêt de la relation idéale entre documentaliste et monteur...

Les bonnes pratiques. Après avoir pris contact avec le réalisateur, il s'agit de déterminer la  liste des plans à trouver, et surtout le style recherché, qui guidera la recherche. Avec bien entendu un budget correct pour la recherche et les archives... En phase de montage, lors de la digitalisation des éléments, il est souhaitable que les documents arrivant en salle de montage soient accompagnés de notices les identifiant clairement pour le montage. Le dialogue entre documentaliste et salle de montage est essentiel pour préciser la date et l'origine des documents mais aussi pour régler les éventuels problèmes de qualité et de droits en amont de la conformation. En phase de conformation, il s'agit de réaliser le « relevé de confo » avec le monteur, ce qui facilitera la fourniture des éléments de qualité pour la version finale du documentaire, ainsi que la rédaction d'un générique unifié.

La réalité actuelle des pratiques est cependant bien éloignée de cette feuille de route...

Numérisation parfois médiocre, budget réduit : des facteurs problématiques. En premier lieu, Edwige Laforêt pointe le problème majeur de l'utilisation d'archives aujourd'hui : la perte importante de qualité des archives, dûe à aux opérations de numérisation menées par les sources. Elle invite fermement les réalisateurs, producteurs, monteurs, à interpeller les sources sur la qualité parfois médiocre des matériaux fournis.

Puis elle regrette le manque de concertation entre documentaliste et production sur la rédaction des génériques, souvent pour des questions de plannings. En effet, les documentalistes, engagé(e)s pour peu de jours et uniquement sur la recherche d'images, sont déjà loin du projet à cette phase.

Anne Connan ajoute que, pour les mêmes raisons budgétaires et de planning, l'exclusion des documentalistes de la conformation finale empêche un suivi correct des paiements de cession de droits. Et que la recherche d'images, devant souvent s'effectuer en un temps très court et pour des budgets faibles, perd en qualité.

Trouver l'archive rare en trois jours. Le gros de la recherche d'images étant plus en plus souvent délégué à des assistants de production, voire des stagiaires, le documentaliste est embauché pour trois jours afin de trouver « la cerise sur le gâteau », l'archive rare ou inédite, qui apportera une valeur ajoutée au projet. Ce qui s'avère impossible, à moins d'avoir déjà travaillé sur le sujet.

« Les décapités du 16/9e »

Yves Jeuland, co-réalisateur avec Joris Clerté, revient sur le contexte de ce film de prévention produit par la SCAM et dénonçant le recadrage des images 4/3. Sorti au moment de la diffusion de la série documentaire « Apocalypse » en 2009, le clip fut interprété par ses réalisateurs, Daniel Costelle et Isabelle Clarke, comme une attaque, ce qu'il n'était pas (en tout cas pas volontairement!). Le succès d'audience de « Apocalypse » fit du mal aux films d'archives, reconnaît Yves Jeuland : ses choix esthétiques, comme la sonorisation à outrance, la colorisation et les retouches d'images, étant devenus une forme de norme aux yeux des diffuseurs. Cependant, Yves Jeuland rappelle que malgré la pression, les réalisateurs restent libres de refuser cette forme et d'imposer leurs choix. Il raconte ensuite qu'il interpella lors d'une réunion SCAM l'équipe de France Télévisions sur l'obligation de « remplissage » des bords perdus d'une image 4/3 passée en 16/9, mais n'obtint pas de réponse. Il appelle à une solidarité des réalisateurs sur ce point, … tout en précisant que certains « se foutent » de ce problème.

Claudine Dumoulin, monteuse, raconte qu'elle garde toujours au montage les formats d'origine, pour se voir finalement imposer au final des recadrages ou remplissages.

En conclusion, Yves Jeuland date à environ 2006 le début du « retaillage » de formats, notamment pour des éditions DVD.

Témoignage d'Eric Salleron, étalonneur chez Avidia

Invité par PIAF, Eric Salleron, qui en tant qu'étalonneur intervient en fin de chaîne de post production, témoigna de pratiques actuelles en matière d'utilisation d'archives... Qui font froid dans le dos.

« Purée visuelle ». Tout d'abord, il confirme que la plupart des images d'archives sont « zoomées », pour remplir le format 16/9e. Cette manipulation numérique, outre son infidélité au support d'origine, entraîne une importante perte de qualité de l'image, de l'ordre de 45%. L'autre procédé, qui consiste à « remplir  les noirs » autour d'une image 4/3, entrainent des demandes loufoques, comme des rideaux rouges de part et d'autre de l'image, « comme chez Drucker »(!).

Revenant au zoom numérique, Eric Salleron rappelle que les images sources, en 4/3 d'origine, sont ensuite « gonflées » en Haute définition. Le résultat : « une purée visuelle », que les étalonneurs tentent tant bien que mal de corriger.

Yves Jeuland intervient, pour soulever la question du droit d'auteur des opérateurs, dont les images sont ainsi dénaturées.

Conformation? Puis Eric Salleron rappelle que la phase de conformation est désormais quasi inexistante dans les processus de post production. Arrivant en phase d'étalonnage, les films comportent toujours des images en format de consultation, donc de basse qualité, ou timecodées, voire même des vidéos extraites du web. L'étalonneur se transforme alors en pédagogue, rappelant la nécessité d'obtenir la meilleure qualité possible, face à des interlocuteurs qui, mis devant la mauvaise qualité de leurs images, disent : « il y a un logiciel pour ».

La question des matériels d'origine, ou Les aberrations de la numérisation. Eric Salleron s'étonne que, lors de transfert d'archives d'origine 35mm ou 16mm, le format HD ne soit pas la norme, le format MPEG2, standard actuel, étant de faible qualité : un problème bien connu des sources, rappelle Jean Yves de Lépinay, mais qui implique des coûts très importants, s'ajoutant au transfert SD pour la consultation.

Thierry Rolland ajoute qu'en tant que source, il a décidé de ne pas prendre en charge le coût du transfert en HD, étant dans l'incertitude sur la pérennisation de ce standard. Il raconte alors une anecdote éclairante : propriété de Pathé, les éléments 35mm du film « Le Guépard » de Luchino Visconti faillirent être détruits, suite à leur transfert en vidéo... L'exemple du fonds British Paramount est également évoqué : tous les originaux film de ce fonds historique furent détruits, suite à leur transfert en vidéo 1 pouce!

Valérie Massignon précise que, sur des projets prestigieux ou des volumes importants, un transfert HD à partir du format d'origine peut être réalisé par les sources.

Elle décrit ensuite des situations aberrantes mais tristement récurrentes, comme par exemple ces films d'archives destinés à une diffusion cinéma, réalisés à partir de transferts vidéo de supports film, ensuite kinéscopés en 35mm... Des étapes intermédiaire synonymes de dégradation, qui pourrait être évitée par un retour systématique au support d'origine en phase de conformation - comme cela se pratique chez certaines sources étrangères, précise Déborah Ford, documentaliste.

Le choix onéreux de la facilité... Dans leur rapport avec les sources, de nombreuses productions demandent des formats légers, dont le « quicktime » est devenu le terme générique. Eric Salleron rappelle que cette appellation recouvre des qualités très différentes. Avec humour, il évoque la fierté d'un client qui, lui envoyant à sa demande et par FTP un fichier vidéo de complément, le fit très léger … mais de qualité médiocre. Par ailleurs, Eric Salleron décrit une conséquence troublante du recours à des fichiers .mov (le format vidéo du conteneur quicktime) : dépourvu de timecode, ces fichiers obligent en effet les étalonneurs à « recaler à l'oeil » les sources vidéo, ce qui multiplie le temps, et donc les coûts, de la postproduction... Une anecdote qui donne le sentiment d'un gâchis financier par manque de préparation.

Apportant un autre éclairage sur ce glissement des productions vers des solutions de facilité qui s'avèrent finalement très onéreuses, Irène Oki commerciale à l'INA, fait le constat que de plus en plus de ses clients choisissent leurs images dans des sujets dit « de rétrospective » : c'est à dire des montages d'archives réalisées pour les journaux télévisés, de qualité déjà dégradée car issues d'une deuxième génération vidéo. Le « nettoyage » des droits de ces images décuple le travail des services documentaires de l'INA, et donc le montant des factures.

Le besoin d'une charte de bonne conduite. Eric Salleron regrette l'absence d'un « guide de bonne conduite », ou un suivi de chaîne, précisant à chaque étape de la postproduction les conditions techniques minimales pour un travail correct, qui pourrait servir de base de dialogue à tous les partis. Thierry Rolland ajoute qu'il serait bon de réaliser une charte d'information sur les formats vidéo numérique, rédigée conjointement avec des monteurs et des étalonneurs. Un projet à suivre...

Des matériels originaux dégradés. A la fin du débat, Catherine Blache, documentaliste, témoigne des pratiques actuelles dans les rédactions des télévisions, notamment chez France Télévisions. Utilisant des cartes mémoire à mémoire flash réutilisables, les équipes de tournage versent ensuite leurs rushes dans les serveurs, les compressant au passage, puis effacent les cartes mémoire. Dès lors, les sources vidéo « master » sont d'emblée dégradées, avant même leur intégration dans les fonds de l'INA. Eric Salleron rappelle la nécessité absolue d'effectuer plusieurs copies de sauvegarde de tous les éléments dans leur qualité d'origine, par exemple sur disque dur.

En conclusion : du recyclage des pellicules à l'insouciance numérique...

En conclusion, Eric Salleron reconnait que l'époque, dans une sorte d'insouciance généralisée et préoccupante face à l'utilisation du numérique, n'était pas au réflexe du stockage... On peut ajouter que ce problème semble récurrent dans l'histoire du cinéma et de l'audiovisuel : les supports film n'étaient-ils pas, à une époque pas si lointaine, fondus puis « recyclés » pour la fabrication de collant pour dames? Autre format, autres pratiques, mais même amnésie..

Retour au panorama du film d'archive

 

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