Compte rendu "Archives du monde de l'éducation"

Activités

 

Plongée dans les archives audiovisuelles et photographiques du monde

de l’Éducation

 

À la recherche de leurs trésors, et de leurs images révélatrices de la vie sociale,

politique et culturelle de la France et de ses écoles depuis Jules Ferry

 

Soirée PIAF du 17 mars à 19h15

 

Ateliers Varan, 6 Impasse de Mont-Louis, 75011 Paris

conçue et organisée par Laurent Garreau (Réseau Canopé)

et Valérie Massignon (XY Zèbre)

 

Valérie Massignon présente cette soirée autour des archives issues du monde de l’éducation et attire l’attention sur ces fonds, films et photos, produits par ou pour le monde de l’éducation. Au delà de leur étiquette jeunesse ou école, ces images, dont la question de l’accessibilité demeure au cœur de leur utilisation, constituent un véritable patrimoine et des ressources exploitables de façon universelle.  

Soirée organisée avec Laurent Garreau, ex CNDP, ex SCEREN qui maintenant s’appelle CANOPE, et la participation du musée national de l’éducation  et sa photothèque (Réseau Canopé) représenté par Mme Delphine Campagnolle ; de la Cinémathèque Robert-Lynen avec Emmanuelle Devos et enfin de l’INA avec les documentalistes Marthe Laurent-Clotilde et Amélie Briand-Le Jeune.

1/ Réseau CANOPE  (ex  Sceren-CNDP) : fonds audiovisuel, présenté par Laurent Garreau, Responsable du pôle patrimoine et médiation scientifique.

Depuis le 1er janvier 2015 l’ex Sceren-CNDP s’appelle Canope. C’est un établissement qui englobe désormais le réseau de tous les CRDP et des CDDP comme autant de fonds d’archives sur le territoire national, encore méconnus au pôle patrimoine et médiation scientifique et qu’il s’agira donc de mettre à jour progressivement.

Ce soir il est question du fonds de la télévision scolaire c’est-à-dire d’une expérience de production d’émissions de radio et de télévision qui a lieu à partir des années 50 jusqu’aux années 80. Des émissions produites sur plusieurs décennies pour l’antenne de Radio France (dès 1956) d’un côté, et la RTF puis l’ORTF (1954) de l’autre. Parmi les formes de valorisation il y a les documentaires à base d’archives. La vidéo présentée ici est une production réalisée pour un projet d’exposition temporaire au musée national de l’éducation intitulée « 50 de pédagogie par les petits écrans » qui se tient depuis novembre 2014 et prendra fin en janvier 2016. Ce documentaire est projeté dans une section de l’exposition qui porte sur l’histoire de la radio télévision scolaire pendant ces trente années de production audiovisuelle par un établissement qui relève du ministère de l’éducation nationale. Derrière la notion de télévision scolaire il y a l’idée que l’on produit et diffuse des émissions pendant les cours, à charge pour l’enseignant d’en donner l’accès à ses élèves.

[Extrait film de Thierry Imbert /15mn] 

C’est la version courte d’un film qui est plus long (26mn) dont des éléments de contextualisation de ces décennies ont été coupés ; il s’agit de donner un aperçu de ce fonds de la télévision scolaire qui remonte aux années 50. Ce fonds est en cours de numérisation depuis 2006. Sur un ensemble de 7000 titres, 3000 d’entre eux ont été numérisés. C’est un fonds qui, au fur et à mesure de la numérisation, alimente un site nommé « media-sceren » dans lequel on trouve un aperçu de la production numérisée. Cette sélection doit être la plus représentative possible de ce que l’on peut trouver dans ces archives. L’enjeu réside aussi dans le partage de la base de données par rapport à des fonds localisés dans les centres régionaux : comment faire en sorte de donner à voir et à connaître ces fonds régionaux qui sont des archives importantes ? Les 3000 films numérisés sont accessibles sur demande. Une équipe de 5 à 6 personnes travaille sur l’exploration, la numérisation et l’accès au fonds. Une adresse générique Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. permet de faire des recherches dans l’ensemble du fonds. Grâce à un accord passé en 2009, une grande partie de ce qui est numérisé est consultable à la BnF.

Le fonds radio comporte 12 000 bandes. Le nombre d’émissions numérisées est très faible, c’est Alexandre Duval, un vacataire,  qui a commencé a explorer le fonds et numérisé environ 300 bandes. Le fonds « radiovision » comporte des émissions de radio diffusées sur l’antenne de Radio France accompagnées de jeux de diapositives à destination des enseignants. Sorte de multimédia avant l’heure, ce  dispositif qui associe l’image et le son apparaît dans les années 60. Avec environ 300 titres, ce petit fonds à taille humaine est en cours de numérisation.

Parmi les produits édités autour de ces archives de la télévision scolaire, un DVD pour l’enseignement de l’histoire sur la France des trente glorieuses édité en 2007 est un premier accès éditorialisé à ce fonds.

Question :
Dans le cadre de la télévision scolaire, les émissions présentées lors des cours étaient-elles enregistrées en direct, ont-elles été conservées ?

Réponse :
Dans la première décennie de télévision scolaire on était beaucoup dans la logique du cours filmé. Marc Terzieff, le frère de Laurent qui était directeur de la photographie sur ces émissions, disait que ce dispositif de cours filmé a perduré dans la télévision du CNAM. Les émissions de cette fin des années 50 passaient a priori en direct puisque la seule trace que nous en ayons ce sont des kinescopes qui sont en partie numérisés.

Question :
Comment sont-elles numérisées ?

Réponse :
Dans un premier temps environ 2000 sur XDCAM et depuis 2006 en H264 sur disque dur

 

2/ Réseau CANOPE : fonds photographique du Musée National de l’Éducation de Rouen, présenté par Delphine Campagnolle, directrice adjointe du Musée.

Musée pédagogique crée par Jules Ferry et Ferdinand Buisson en 1879 dont la vocation est de valoriser et conserver le patrimoine éducatif qui au moment de la collecte n’était pas estampillé éducation nationale. Delphine Campagnolle est aussi commissaire adjointe de l’exposition 50 ans de pédagogie.

Ce Musée pédagogique fondé par Jules Ferry, situé d’abord rue d’Ulm à Paris a donc vu le jour en 1879. Dans les années 1980, le musée qui manque de place s’implante en Normandie, là où il y avait déjà eu dans les années 70 une initiative par le CRDP de collecte nationale d’ampleur, collecte portant sur un patrimoine éducatif en voie de disparition, aboutissant à la création d’un musée de matériel pédagogique. Les deux fonds rassemblés aboutissent à la création du Musée national de l’Education regroupant un centre d’exposition, auquel on adjoint en 2011 un centre de ressources et de recherche.

Le centre de ressources regroupe 7 magasins de réserve et une salle d’étude ouverte aux chercheurs. On peut accéder aux collections soit 939 000 items dénombrés regroupant œuvres d’art, photos, objets, documents d’archive.

La présentation de ce musée ce soir est centrée sur la collection de photographies. On dénombre environ 390 000 photos dont 83 000 sont numérisées à ce jour. Les photos ici présentées sont mises en lien avec l’ensemble, à savoir une collection faite d’objets : dans un musée thématisé qui parle d’éducation tout doit être mis en lien pour avoir une vision générale [Photo salle de classe Jules Ferry du centre d’exposition]. Le fonds est en lien avec les processus immatériels, instruire et éduquer. Ce n’est pas le musée de l’école mais bien le musée national de l’éducation, raison pour laquelle on y trouve plus de 4000 jeux et jouets, une collection de vêtements ou une collection en lien avec la toute petite enfance. Ce fonds relate tous ces moments éducatifs [Photo de pupitres], [Photo d’outils d ‘écolier] qui font parfois resurgir un pan de nostalgie.

Le fonds IPN, fonds de la photothèque de l’enfance et de l’adolescence (années 50-60) rassemblait 4 à 5 photographes qui jouissaient d’une grande liberté [Photos de Jean Suquet] à photographier des lieux fréquentés par des enfants, des situations « vie de classe » ou des objets matériels.

La collection compte aussi avec des microsillons  en lien avec l’apprentissage de cours de chant, de langue, de danses folkloriques, de gymnastique [Extrait d’un microsillon sur un cours de sport dans une école de filles].

Les fonds sont donc très diversifiés et en lien avec l’apprentissage des différentes disciplines et les temps de vie de l’enfant [Série de photos]. On trouve dans ces fonds des travaux d’élèves et des documents qui mettent en évidence la pédagogie de certains enseignants (cf. pédagogie de Germaine Tortel). La thématique de la photo de classe est très importante et largement représentée dans les fonds du musée à travers, notamment, les photos du grand photographe scolaire Tourte et Petitin aujourd’hui connu sous l’appellation de l’entreprise Innovaphot. Dans les années 80 le musée a bénéficié du versement de toutes les archives photographiques de Tourte et Petitin.

Les collections du musée peuvent être en résonance avec beaucoup de sujets de société tels que :


> la question de la morale [Photo d’un manuel de morale]. Le musée détient un corpus de documents qui permet d’analyser  l’évolution de la morale [Planche didactique en lien avec la leçon de catéchisme 1930].

> la formation professionnelle avec beaucoup de photos où l’on voit l’enfant travailler, d’apprendre son futur métier [Série de photos d’enfants en situation d’apprentissage].

> l’histoire coloniale à travers notamment les couvertures de cahiers illustrées [Photo représentant une école chrétienne au Sénégal] ; les manuels scolaires qui mettent en avant la « mission civilisatrice » de la France ; la littérature jeunesse qui donnent à voir les compatriotes des colonies.

> l’éducation des filles et la place des femmes [Série de photos de femmes à l’étude].

> les crises, les transformations sociétales avec, notamment des vues sur verre pouvant être projetées dans des salles de classe ou en cours du soir pour les adultes. Fonds sur l’enfance malheureuse ou encore un fonds d’affiches issu de mai 68.

> les pratiques culturelles et de loisir de l’enfant [Série de photos sur les colonies de vacances, les pratiques artistiques…].

Toutes ces ressources sont valorisées à travers des expositions [Extrait d’une séquence du documentaire « Mourir pour la patrie ».].

Il est possible d’accéder à certaines ressources en ligne et hors ligne sur demande.

Question de jean Yves de Lépinay : peut-on accéder à l’abécédaire musical ?
Réponse : Il y a eu une numérisation maison des microsillons qui, sans être optimale, permet aux intéressés de les écouter. La numérisation est en cours.

 

3/ Les collections de la Cinémathèque Robert-Lynen, présentées par Emmanuelle Devos, directrice.

Née du désir de pédagogie par l’image, la cinémathèque a été créée en 1925, désir motivé, notamment,  par les expériences du musée pédagogique et la diffusion des plaques sur verre. La transmission de la connaissance s’effectue par image fixe depuis 1878 ; avec l’arrivée du cinéma en mouvement, les pédagogues s’emparent de ce nouveau médium dès les années 10.

La mission de la cinémathèque consiste à collecter tous ces films afin qu’ils puissent être exploités dans les cours ; elle se charge de rassembler toutes les informations concernant la diffusion de ces films et forme les enseignants à cette nouvelle pédagogie par l’image.

Les films des années 10 doivent être courts. Ils doivent illustrer le cours sans minimiser la place de l’enseignant qui doit rester maître de la séance. Les films doivent être bien structurés pour la compréhension de l’élève. Sans éluder l’esprit artistique on fait appel à des réalisateurs professionnels.

En 1935 la cinémathèque sort son premier catalogue de films Répertoire des films et des vues fixes englobant 400 titres avec des thèmes qui reprennent les disciplines de l’enseignement. Le fonds de la géographie est le plus important pour la découverte du monde. Suivent les sciences naturelles comportant des titres très mystérieux. Dans les années 30, l’un des thèmes phares était celui de l’hygiène. Les faits historiques ne sont pas des films de fiction. L’enseignement des beaux arts y tient aussi une place importante. L’orientation et les écoles professionnelles sont les deux derniers thèmes importants dans lesquels sont valorisées les écoles professionnelles mises en place par la mairie de Paris.

> Pour illustrer la géographie : [Extrait de « Études sur Paris » d’André Sauvage réalisé en 1928]
> Pour illustrer les sciences naturelles : [Extrait de « L'Argyronète »]. Film issu des laboratoires Éclair qui avaient créé un département scientifique pour l’éducation. Il s’agit de filmer l’infiniment petit, des sujets que seul le cinéma peut donner à voir.
> Pour illustrer l’orientation et la formation professionnelle : [Extraits de films sur la mode peints à la main et réalisés en 1924]

On retrouve dans ce catalogue des formes en émergence, des documents qui présentent un état du monde animé et qui constituent en même temps une matière en train d’être modelée. Dans les années 30 et avec l’arrivée du cinéma sonore, on arrive à des réalisations beaucoup plus maitrisées et des films plus adaptés aux besoins pédagogiques. La deuxième guerre mondiale freine le projet d’éducation par l’image et à partir des années 40 la cinémathèque s’oriente plutôt vers le cinéma d’auteur et les courts métrages. Dans les années 70, 80, vers le film d’animation et le film plus récréatif.

Pour accompagner cette collection de films, la cinémathèque s’est dotée d’un fonds d’images fixes. Elle possède 15000 documents photographiques, partie de ceux-ci sont des plaques de verre destinées à être diffusées dans les écoles.

[Série de négatifs dans des écoles professionnelles] 

Dans son désir de montrer le monde, la cinémathèque a fait l’acquisition en 1932 de plaques d'autochromes d’un explorateur qui parcourait le monde depuis 1909 et s’était particulièrement penché sur la relation entre l’orient et l’occident, c’est la collection Jules Gervais-Courtellemont.

La valorisation du fonds se fait à travers la diffusion. La cinémathèque est affiliée à la parisienne de photographie. Fonds consultable sur rendez vous.

 

4/ Les émissions éducatives dans les fonds de l’INA, une sélection de programmes radiophoniques et télévisés choisis et présentés par Marthe Laurent-Clotilde et Amélie Briand-Le Jeune, documentalistes à la Direction des collections.

Le travail de collecte s’est fait à partir des  fonds jeunesse et plus particulièrement sur la radio scolaire et sur ce qui peut être désigné comme télévision scolaire (il y en a peu car c’est Canope qui détient le fonds) et enfin sur la télévision éducative, c’est-à-dire ce qui correspond aux missions données à la radio et TV dont la mission est de distraire et éduquer.

Présentation à partir d’extraits radiophoniques et télévisuels montrés en alternance et chronologiquement :

> [Extrait radiophonique de la collection « Le Théâtre et l’université »].
Emission destinée à un public de jeunes allant de 15 à 20 ans, à écouter à la maison et pour laquelle le ministère de l’éducation national doit inciter les enseignants à en parler en classe. Il s’agit d’une émission de théâtre qui diffuse une sélection de pièces de théâtre, souvent de grandes compagnies, sélection ensuite commentée par les étudiants.

> [Extrait de l’une des premières émissions d’enseignement d’une langue vivante à
la télévision
]. Emission diffusée le jeudi, jour de repos des  enfants à l’époque. Ce n’est plus de la télévision scolaire mais une télévision de distraction qui se veut aussi éducative. 

> [Extrait de l’émission télévisuelle « Le Tour de la France par deux enfants »].
En 1957 peu de gens partaient en vacances : l’émission propose à la fois un feuilleton pour les enfants et leur famille, à voir le dimanche après-midi,  et aussi un documentaire à travers la quête de ces deux enfants qui font le tour de la France à la recherche de leur oncle. L’on découvre à chaque émission un documentaire sur l’une des régions parcourues. Dans l’extrait présenté c’est de Saint Gobain dont il est question.

> [Extrait radiophonique de « Radio Sorbonne » 1961]. Radio de l’université de la Sorbonne qui diffusait quotidiennement une sélection de cours magistraux d’abord en direct puis en différé. La radio était techniquement gérée par Radio France et l’ARTF. Ici il s’agit d’un cours de René Etiemble qui s’en prend au franglais. 

> [Extrait radiophonique de « L'Oreille en colimaçon» 1978]. Émission destinée aux enfants de 4 à 7 ans. C’est Guy Reibel du Groupe de recherche musicale qui en est à l’origine. Il souhaite enseigner la musique autrement aux enfants. Il est également l’incitateur de l’émission Les Enfants d’Orphée coproduite par le CNDP. Ici l’on entend la productrice Monique Frappat présenter le compositeur Iannis Xenakis.

[Extrait télévisuel de l’émission « Récré A2» 1979]. Diffusion sous forme d’un petit documentaire animé sur les paliers de décompression.

> [Extrait télévisuel « L’atelier du peintre de Courbet» 1994].

Accès aux documents par www.inamediapro.com, la base de données de l’INA

Question : Dans quelle perspective avez-vous élaboré ces sélections ?
Réponse : Présentation en interne de petites formations pour acculturer les deux secteurs télévision et radio. Il s’agissait de faire un recensement de collections, le plus exhaustif possible qui s’enrichit au fil de la numérisation. À partir de ce travail de recensement c’est toute l’évolution d’une société qui se donne à voir. D’où l’intérêt de ce travail.

Question : Émissions pour la jeunesse très peu cataloguées, très peu indexées ?
Réponse : De plus en plus cataloguées, de plus en plus indexées !

Compte-rendu rédigé par Nathalie Fisbach

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